mercredi 25 mars 2015

Carnet de voyage Brésil juillet 2014



Carnet de voyage Brésil juillet 2014



Samedi 12 :

Pour une fois, j’arrive à la gare en avance et je prends le premier train pour Paris. Bizarrement, en se préparant à partir à une date donnée, on est plus à l’heure quand l’avion part à 23h que quand il part à midi.

Je retrouve Alban à l’aéroport, un autre français également du voyage, et c’est parti ! Après toutes les formalités, nous décollons finalement à 23h comme prévu. Plus que 11h de vol, 3h de changement, encore 1h de vol et nous serons à Vitoria, notre point de rendez-vous. Après un trajet somme toute calme malgré les cris de bébés, nous arrivons à destination. Merci à l’inventeur des appuie-têtes qui se replient de chaque côté pour nous maintenir droit pendant qu’on dort. Et merci également à l’inventeur des boules quies, on ne le dira jamais assez !



Dimanche 13 :

Petit conseil aux voyageurs à destination de Vitoria : soit vous voulez changer de l’argent et il faut le faire à Sao Paulo (ou dans la ville dans laquelle vous avez votre changement), soit vous voulez retirer du liquide et c’est possible à Vitoria. Mais n’essayez pas d’attendre Vitoria pour changer de l’argent. C’est mission impossible (avec la petite musique qui va bien). Après avoir retiré, Alban et moi rejoignons Marcelo Mazzolli (chercheur) et Marcelo Renan (vétérinaire), les deux responsables des deux projets qui participent ensemble à la mission (Projeto Puma, http://www.projeto-puma.org/, qui étudie les félins et notamment les pumas et les jaguars, et l’Instituto Marcos Daniel, http://www.imd.org.br/, avec son projet Pro-Tapir), ainsi que Robert (allemand), Daniela (brésilienne), Julie (française) et Olivier (belge), 4 autres volontaires. Il y a également plusieurs brésiliens membres de Pro-Tapir dont nous ne saisissons pas immédiatement les noms.

Nous partons à 1 voiture, 1 pick-up et 1 grande remorque bien chargés de victuailles et de matériel et 1 mini-van pour les volontaires. Dès les premiers kilomètres, nous nous apercevons que nous sommes dans un pays très vert. Nous croisons beaucoup de ranchs similaires à ceux des westerns. Mais derrière, il y a de la forêt. Malgré les parcelles plantées pour la culture du bois, auxquelles se succèdent celles affectées à la culture du café, on a l’impression qu’il règne encore ici une nature préservée. C’était d’ailleurs l’impression que cela donnait vu d’avion : du vert partout. C’est vraiment très agréable.

Agréable aussi le fait de commencer la mission 1 jour plus tôt. En théorie, nous aurions dû commencer à la réserve lundi 14 vers midi. Nous avions prévu d’arriver en avion à Vitoria le 13 puis de prendre un bus jusqu’à une ville proche de la réserve, de dormir dans un hôtel et d’être récupérés par les gens du projet dans la matinée. Finalement, nous avons été pris en charge par les responsables du projet le 13 à la descente de l’avion, direction la Réserve Biologique de Sooretama (ReBio). Sympa ! Sur la route, nous nous sommes arrêtés pour manger ensembles dans un petit restaurant bon et agréable puis nous avons continué vers la station de terrain. La fatigue du trajet aidant, nous sommes tous petit à petit tombés de sommeil dans les voitures, jusqu’à l’arrivée dans un chemin de terre au milieu des champs de café. Bizarrement, les nids de poules sont assez efficaces pour réveiller un groupe de volontaires. 
Nous sommes finalement arrivés à la lisière de la jungle, que nous avons suivie jusqu’au camp. Le projet est basé dans l’enceinte des bâtiments administratifs et techniques de ReBio. C’est étrange de voir ces bâtiments blancs entourés par un gazon impeccable surgir au milieu d’une jungle indomptée. C’est presque irréel. Mais le plus étrange pour un européen, ce sont certainement les barbelés et le fait que le garde est armé et vêtu d’un gilet qui ressemble fort à un gilet pare-balles. On peut dire que côté sécurité, ils ne font pas dans la dentelle.

 
A 15h30 nous étions arrivés et avant 17h, tout était installé… et heureusement car avant 18h, il faisait nuit. Une petite maison était attribuée au projet avec une salle de travail, 2 petits dortoirs, 1 garde-manger et une cuisine, mais aussi 1 salle de bain avec WC et douche. Le luxe !






Marcelo M nous conseille les tentes, à installer sous un abri, au niveau du garage de ReBio, pour être bien protégés du soleil et de la pluie. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Au final 5 tentes sous abris, 2 tentes sous les arbres et la tente hamac de Marcelo M accrochée un peu à l’écart. Sitôt installés, un beau perroquet vert élit domicile sur la tente de Robert. Génial !

Nous avons aussi à disposition une 2ème maison dotée de WC supplémentaires plus proches des tentes, d’une espèce de musée avec de nombreux animaux empaillés et d’une salle de présentation avec des chaises disposées devant bureau et un grand écran blanc… et d’une habitante bien vivante, une petite chauve-souris qui s’envole à notre arrivée. Dans un bâtiment encore plus loin, il y a même une 2ème douche. Le grand luxe ! La douche des filles sera donc dans la maison du projet et celle des garçons à l’autre bout de la base. Comme quoi, la galanterie n’est pas morte !

De nombreuses personnes m’ont demandé de leur raconter l’ambiance de la finale de la Coupe du Monde de foot au Brésil. Une chose à laquelle je ne m’attendais pas, c’est que contrairement à une croyance couramment répandue en France, il existe un bon nombre de brésiliens qui se fichent complètement du foot… et chose moins étonnante, un autre bon nombre se creusent actuellement la tête pour trouver un  nouveau sport national dans lequel le Brésil ne serait pas trop mauvais. Bref, on n’a pas regardé la finale, ce qui n’était vraiment pas plus mal. On n’a eu le résultat que le lendemain en fin de journée quand on a demandé à quelqu’un qui arrivait ce jour-là, sinon on ne saurait toujours pas !

Après un bon repas, nous finissons par aller nous coucher avec l’impression d’avoir veillé tard. Il est 20h30. Normal.

Le perroquet est déjà endormi sur la tente de Robert. Trop mignon.


Lundi 14 :

Réveillée 2h. Dodo. Réveillée 3h. Dodo. Réveillée 4h. Dodo. 6h30, gros bazar dehors. Des gens parlent fort, des filles rient aux éclats. C’est le départ d’une équipe de la réserve dans une bonne humeur communicative, qu’on le veuille ou non. Bref, à 7h, on était tous debout.

Super petit-déjeuner avec tout ce qu’on peut vouloir : du café, du chocolat au lait, du thé, du pain, du beurre, de la confiture, du miel, du jambon, du fromage, des fruits, … Bref, il y en a pour tous les goûts.

Comme Percy, nom que Robert a donné au perroquet, était encore sur la tente de Robert, quelqu’un de la réserve, Raphaël, l’a attrapé et posé plus loin sur un arbre. Mais quelques secondes plus tard, nous retrouvons Percy posé devant l’entrée de la tente de Robert, à tenter d’attraper la fermeture éclair pour ouvrir la tente. On a tous explosé de rire ! Du coup nous avons dû aller le rechercher et cette fois nous l’avons amené à la terrasse.

 
Percy passe le petit-déjeuner avec nous. Ça ne le dérange absolument pas de se balader entre nous. Il ne se laisse juste pas toucher. Un petit oiseau vert, bleu et jaune très coloré vient lui aussi nous dire bonjour. C’est vraiment agréable. Après un petit-déjeuner revigorant, chacun vaque à ses occupations, dont celle de photographier Percy. Mon occupation principale ? Chercher dans le livre les différents oiseaux qui volent devant nous. Ils sont nombreux et colorés. C’est un vrai plaisir de s’installer sur la terrasse et de les regarder passer et parfois s’installer juste devant nous. Le plus bavard est un oiseau très noir avec une tâche très rouge dans le dos, un guaxe comme ils disent ici.



Pour attendre le début effectif du projet, Robert nous propose une balade autour du camp. Après avoir écouté les conseils de Marcelo M, Robert, Alban et moi partons à l’aventure. Nous commençons par une route bordée d’un côté par la jungle et de l’autre par des champs de café. Après quelques centaines de mètres, nous bifurquons à droite sur une piste qui traverse la jungle. Bizarre d’être à la fois au beau milieu de la jungle et sur une « route », même si elle est en terre. Dès les premiers mètres, nous découvrons un « track-trap » (piège à empreintes) préparé pour le projet par l’équipe de la réserve. Et bonne surprise ! Il y a les empreintes de 2 animaux ! Impossible pour nous de les reconnaître et certaines semblent difficilement lisibles mais nous avons l’impression d’avoir découvert l’Amérique ! Nous continuons la balade jusqu’à une maison abandonnée. Un arbre majestueux trône juste devant et plusieurs autres poussent à l’intérieur. « Mother nature » résume Robert. Alban y découvre un insecte cornu et coloré pendant que j’admire une série de papillons jaunes, rouges et noirs. Le séjour s’annonce vraiment bien !

A midi, nous accueillons 2 volontaires supplémentaires et après un bon repas, le projet peut réellement commencer. La première après-midi est constituée d’une projection pour comprendre le projet et les enjeux locaux. Malgré son apparence qui demeure verte, la région a perdu quasiment toute sa forêt primaire. Il ne reste que la réserve biologique nationale dans laquelle nous sommes ainsi que 2 autres réserves privées toutes proches dans l’Etat d’Esperito Santo. Les quelques mètres carrés qui restent ailleurs ne permettent pas à la faune de subsister. C’est affligeant. La réserve biologique de Sooretama est aujourd’hui traversée par une autoroute. A l’occasion du doublement des voies, un des objectifs du projet est de s’inscrire dans un mouvement global porté entre autres par l’Instituto Marcos Daniel pour démontrer l’importance de la faune locale, mais aussi du nombre d’accidents avec les animaux avec de nombreuses victimes animales et humaines et tenter d’obtenir la construction d’un pont (ou d’un tunnel), afin que la route ne coupe plus la réserve en deux.

Après cela, nous passons à une information sur les différentes espèces qui peuplent la réserve et que nous allons suivre pendant le projet, c’est-à-dire tous les mammifères de la forêt. Vu le nombre de félins, 7 ou 8 espèces, il est très difficile pour nos yeux inexpérimentés de les différencier, même en voyant les animaux empaillés du mini-musée, c’est loin d’être gagné. Et c’est encore plus vrai quand il s’agit de leurs empreintes. Mais Marcelo M nous donne des astuces. Espérons que ça suffira. Heureusement, nous partirons pour les treks journaliers avec des fiches pour nous aider à reconnaître les empreintes et les animaux.

Après un snack pour goûter, nous continuons la formation. D’abord un tour de table pour nous connaître puis nous étudions les fiches que nous aurons à remplir le lendemain. Nous sommes 10 volontaires, 5 européens dont un allemand, Robert, 4 français (ou berlges), Julie, Olivier, Alban et moi, et 5 brésiliens, Daniela, Morgana, Carolina, Artany et Mardel. Nous avons un encadrement impressionnant : Marcelo M fondateur de Projeto Puma, Marcelo R, directeur de l’Instituto Marcos Daniel (IMD, insitut qui a pour vocation la préservation de la biodiversité dans l’Etat d’Espirito Santo en se basant notamment sur de nombreuses actions de sensabilisation), Amabili, Cristina et Victor de Pro-Tapir, un des projets de l’IMD, Aliny, la coordonatrice et Leia, la cuisinière. Nous sommes aussi souvent accompagnés par les équipes de la réserve dont Marcel, le directeur, Fabiana et Emanuelle, deux étudiantes qui nous accompagnent sur tout le projet, mais aussi Sheyla, Tomato, Elinio, Raphaël, Alessandroi, Charlies et bien d’autres encore. Vers 21h, fin de la formation, dîner et dodo.



Mardi 15 : 






C’est aujourd’hui que le projet commence vraiment. Lever 6h, mais grâce au décalage horaire, c’est plutôt facile pour nous européens. 
Nous commençons par une explication théorique sur l’utilisation du GPS avant de nous répartir en 3 groupes pour tester son utilisation. Après avoir découvert les bases, nous partons pour une micro-balade de quelques centaines de mètres à marquer des points, tracer des chemins, noter des coordonnées, etc… Mais c’est suffisant pour découvrir des empreintes de pacas. Génial ! Et de retour au camp, nous avons la chance d’observer un groupe de coatis entrain de manger sur un arbre fruitier en lisière du camp. 2 sont sur l’arbre à faire tomber les gros fruits pendant que les autres attendent le butin en bas. Excellent ! Nous avons même le temps de bien les observer et de les prendre en photos. C’est magique.






 




Nous revenons ensuite en grand groupe pour aller explorer le chemin que nous avions découvert la veille avec Robert et Alban. Sauf que là, c’est du sérieux. C’est notre première prise de notes pour le projet. L’utilisation du GPS est encore hésitante et nous sommes loin d’être des experts de la reconnaissance d’empreintes mais le cœur y est. Nous marquons sur le GPS ainsi que sur les fiches toutes les track-traps du chemin… enfin, tous ceux de la partie que nous avons le temps d’explorer. Nous notons également les empreintes. Un tapir et un félin non identifié. Ce n’est pas un très gros butin mais nous revenons fiers de ne pas être bredouilles. C’est impressionnant de savoir que des animaux comme les tapirs sont effectivement présents dans la réserve et près du camp.

Nous revenons ensuite au camp pour déjeuner avant d’augmenter encore le niveau. A 14h, départ pour le 1er vrai trek en 2 groupes. 1 groupe explore un chemin qui part du camp pendant que mon groupe prend le pick-up pour aller explorer un chemin qui borde une rivière plus à l’Est. Nous sommes 8. 5 places dans le pick-up et 3 à l’arrière. Marcelo R est avec nous, ainsi qu’Amabili, Morgana et tous les volontaires européens. Nous sommes bien secoués mais le trajet est très sympathique. Il se fait au son du forall, la musique populaire brésilienne. Là on est vraiment dans l’ambiance. Dans l’ambiance aussi dès le début du chemin, une piste qui borde la rivière Cupido. Les traces de tapirs, de ratons-laveurs et autres animaux s’enchaînent, que ce soit sur les track-traps ou sur les bords du chemin. 
Partout autour de nous, de grands arbres verts tous différents les uns des autres. Différentes formes, différentes hauteurs, différentes couleurs mais une tonalité dominante, le vert profond de cette forêt millénaire. C’est magnifique et nous sommes à la fois excités et ravis. Nous sommes dans un cadre majestueux, nous cherchons, nous trouvons et les conditions de marche sont accessibles au plus grand nombre (du plat sur une piste dégagée). Royal ! De temps en temps, nous apercevons un bout de la rivière. Pas d’un bleu limpide mais plutôt du marron profond des riches rivières du Brésil. Plus qu’une invitation à aller se baigner, c’est un fluide de vie, la promesse du dépôt d’un riche limon pour alimenter encore la forêt. Du fait de son intérêt pour l’animal, Robert a tôt fait de surnommer Marcelo R « le Tapir »… sans savoir que c’est une insulte en brésilien. Mais Marcelo R est mort de rire et apprécie le surnom. Le mot « tapir » est généralement utilisé au Brésil pour caractériser quelqu’un d’idiot alors que c’est en fait un animal particulièrement intelligent. 
Marcelo R est donc même très fier de son nouveau surnom. Et il nous prouve encore sa ressemblance avec l’animal quelques minutes plus tard. En partant faire pipi, il tombe sur des anciennes toilettes de tapir abandonnées. CQFD. En effet, assez étonnamment, les tapirs font leurs besoins souvent au même endroit pendant une période qui peut s’étendre sur plusieurs mois. Marcelo R nous explique que quand on en trouve qui sont utilisées, c’est un endroit idéal pour poser un piège pour tenter d’attraper un tapir, ce qu’il fait de temps en temps pour faire des prélèvements sur des animaux ou leur installer des balises GPS. Il nous explique ensuite comment poser le piège. L’animal est tellement intelligent et méfiant qu’il faut s’y prendre par étapes. La durée du procédé est généralement de 6 mois mais ça peut prendre plus longtemps ! 
Après plusieurs découvertes plus intéressantes les unes que les autres, dont notamment la vision furtive d’un « capuchin monkey », seule la nuit qui commence à tomber petit à petit réussit à nous faire rebrousser chemin. Comme nous avons commencé tard, nous n’avons cependant pas eu le temps de relever et de marquer toutes les track-traps du chemin. Marcelo R nous propose donc de retourner chercher le pick-up et de finir les relevés en voiture. Aussitôt dit, aussitôt fait. 4 à l’avant du pick-up qui descendent inspecter les track-traps et 4 à l’arrière à saisir les points sur le GPS et à noter les coordonnées et les traces observées. Le tout à la lampe de poche avec les batteries du GPS qui lâchent. C’était épique ! Et tellement impressionnant d’être dans la jungle la nuit. Des bouts de ciel avec des milliers d’étoiles se découpent ça et là sur le fond de forêt qui forme une ombre chinoise changeante dans ce décor scintillant. Tout simplement magnifique.

Nous réussissons finalement à terminer nos relevés et après un demi-tour assez… comment dire…osé, au chausse-pied,… nous repartons vers la base. Pendant le trajet, les 2 brésiliennes qui sont à l’arrière avec Alban et moi nous apprennent une expression bien de chez elles et tout-à-fait de circonstance : quand un conducteur fait valdinguer ses passagers arrières en allant un peu trop vite dans les virages ou dans les nids de poules du trajet, on lui dit qu’il transporte des cochons. Et pour bien lui faire comprendre, on fait le bruit qui va bien. Vu comment on sautait sur le hayon, on ne s’est pas privés de faire des bruits de cochon à de nombreuses reprises en explosant de rire ! Les filles m’ont aussi appris à dire « Je ne suis pas un cochon ! » en portugais, phrase que j’ai sortie à Marcelo R à l’arrivée. Il était mort de rire ! Et l’autre Marcelo aussi d’ailleurs. Au final nous sommes arrivés à 19h pour un rendez-vous initialement prévu vers 17h-17h30 mais c’était pour la bonne cause.

Après un petit snack, réunion pour mettre en commun nos observations. Malgré l’heure tardive, ce moment permet de revivre la journée, de valider nos découvertes et parfois d’en faire d’autres. Une trace non identifiée sur le 1er chemin fait en grand groupe était en fait celle d’un puma ! Après ce moment vraiment intéressant, nous avalons un dîner rapide et allons nous coucher à 23h bien passées !



Mercredi 16 :

1ère journée passée intégralement à travailler. Réveil 6h. Après un petit déjeuner copieux, nous empaquetons fruits et sandwichs. Le retour pour le déjeuner est prévu à 16h ! Vers 7h, nous partons 1 groupe dans la voiture et les 2 autres dans le pick-up. Chris, Daniela et moi nous mettons debout à l’arrière du pick-up, bien accrochées aux barres de toit, pour regarder le paysage défiler. Comme dit Chris, ce fut un voyage « con emoçaon ». On s’attendait bien à sautiller de droite à gauche et à devoir bien nous accrocher et compenser dans les jambes pour en pas être éjectées dans les virages mais nous avions grandement sous-estimé le côté Mario. Oui, oui, comme le jeu vidéo ! Selon d’où arrivaient les lianes, il fallait se pencher à droite, se pencher à gauche ou se pencher tout court. Il n’y avait que de toutes petites lianes qui descendaient au-dessus de la piste donc pas de risque de se faire vraiment mal mais vu la vitesse, on aurait pu se faire bien fouetter le visage. Du coup on était bien accrochées, sautillantes, penchées, penchées, toutes vers l’extérieur, toutes vers l’intérieur, penchées, penchées, toutes à droite, penchées, … le tout en fredonnant alternativement la musique de Mario et celle d’Indiana Jones. Il faut dire que la piste empruntée est celle du chemin Meio, celui dont nous avions fait le début à pied avec Robert et Alban puis en grand groupe. Il traverse toute la réserve et permet d’atteindre 3 nouveaux chemins, 1 au beau milieu de la réserve, Quirinao, destination de la voiture, et 2 à son extrémité, Abobora et Tesauro, destination du pick-up, et donc ma destination. 
Après avoir traversé des kilomètres de jungle, nous tombons sur une maison avec de beaux arbustes pleins de fleurs ou de fruits. C’est assez surréaliste. Sitôt descendus, Marcelo R (le vétérinaire), nous donne les consignes et l’heure de rendez-vous. Un coati en profite pour traverser la piste juste derrière nous. Bon début ! Mon équipe est composée de Alini, Robert, Chris, Daniela, Emanuelle et moi. Dès le 1er track-trap, nous comprenons que nous ne pourrons pas compter dessus. Il est dur, complètement tassé par la pluie. Nous devons le gratter pour le rendre à nouveau bien meuble et espérer que l’équipe qui le relèvera la prochaine fois aura plus de chance que nous. Heureusement qu’un autre coati en profite pour traverser et nous remonter le moral. Là encore, c’est agréable de traverser la jungle sauvage sur une piste bien dégagée. On a l’avantage de la vue sans le désagrément des griffures de plantes et autres piqûres de tiques. Les tiques d’ici peuvent être très nombreuses si on frôle un nid par inadvertance. Elles peuvent se retrouver à plusieurs centaines sur les vêtements d'une seule personne. Si on ne les repère pas tout de suite, elles mordent chacunes en plusieurs endroits, provoquant une éruption de boutons qui grattent. Chris en a fait les frais avant notre venue. Elle nous a montré son ventre constellé de boutons. Impressionnant !
Nous continuons notre route et finissons par être rassurés de trouver des empreintes dans des traces de boue. Les flaques de boue seront donc nos track-tap du jour ! Nous continuons la balade quand soudain Robert s’arrête et regarde les arbres. Nous sommes tombés sur des sapajus robustus. Génial ! Après quelques minutes d’attente, une maman avec son bébé sur le dos traverse la route, nous donnant l’occasion de l’observer et de la photographier. Bravo Robert ! Notre Monkey Master du jour ! 

Nous continuons notre chemin et arrivons à une grande pierre étrange. Elle fait plus de 2m de haut et tout un côté est constellé de cavités d’une dizaine de centimètres. A l’intérieur, de nombreux nids de guêpes durs comme la pierre complètent le mystère. Les locaux appellent cet endroit les toilettes de jaguars. La légende veut qu’il y a longtemps, les jaguars venaient faire pipi en ce lieu. Personne ne sait si c’est vrai mais c’est pittoresque ! Tout au long de la route, nous trouvons la trace de nombreux animaux : tapir, tatou, raton-laveur, renard, etc… C’est fantastique de pouvoir déceler autant d’espèces avec nos petits talents de Sherlock Holmes et de se dire qu’ils ont tous marché où nous marchons il y a à peine quelques jours, parfois quelques heures.

Après avoir vu un nouveau groupe de sapajus robustus, nous réussissons à finir d’inventorier le sentier et nous rebroussons chemin. Arrivés au point de rendez-vous, nous sommes accueillis par un oiseau-mouche et certains du groupe, surnommés « œil de lynx », réussissent à apercevoir un tufted-ear marmoset au loin. Cette journée aura été riche en rencontres et en émotions ! Nous finissons par rentrer au camp pour un repas et un repos bien mérités.

Après une bonne sieste, nous enchaînons avec la réunion de mise en commun des découvertes de la journée. Puis Leonardo, un photographe animalier de l’association Ultimos Refugios, http://www.ultimosrefugios.org.br/, qui travaille pour la conservation de la faune et de la flore nous présente son travail. Il est souvent accompagné de sa femme, Ilka. En général c’est lui qui s’occupe des photos et elle des vidéos. Il a pu assister à des moments magiques qu’il a immortalisés en photo ou en vidéo, comme la rencontre avec un tapir qui n’avait pas peur de lui ou avec une maman agouti entrain de mettre bas. Ce sont des images magnifiques dont il se sert pour aller faire de la sensibilisation dans les écoles au moins 4 fois par mois. Franchement, félicitations ! C’est ce qu’on appelle un travail inspirant (à retrouver sur leur page Youtube www.youtube.com/ultimosrefugios)! Et à la fin de la soirée, lui et son association ont offert 4 livres de photographies de la faune d’Esperito Santo pour des volontaires du projet. Très sympa. Ils seront attribués par tirage au sort.



Jeudi 17 :

Ce matin nous partons en petits groupes. Un groupe va relever les track-traps sur tout le trailha (chemin) Meio à vélo, un groupe va relever ceux de Cupido, un groupe va commencer à tracer un nouveau chemin le long d’une ancienne ligne de télégraphe désaffecté, Telegrafo, et mon groupe va explorer le chemin qui part de la base, Sene. C’est un sentier dans la jungle bien dégagé qui sert pour les scolaires. Certains arbres sont marqués dont un de plus de 500 ans, l’emblème de l’Etat d’Esperito Santo. 
Nous sommes un petit groupe composé de Morgana, Marcelo R, Alban et moi. Là c’est une vraie balade dans la jungle avec même un gros tronc d’arbre à enjamber. Le chemin est globalement très bien dégagé, mais cette fois-ci, ce n’est pas une piste utilisable par les voitures. On ne peut même pas marcher à deux de front ! Les track-trap font toute la largeur de la piste et c’est parfois un peu sportif de les contourner. Il y a vraiment de quoi bien rigoler. Nous suivons un raton-laveur sur quasiment toute la longueur du chemin alors qu’un mutum (une espèce de grosse perdrix noire en voie d’extinction dont le nom se prononce presque comme un « mouton ») laisse sa trace en sens inverse. C’est amusant de savoir qu’un petit mammifère emprunte le même chemin que nous. 
Nous trouvons également les traces d’autres petits animaux dont un félin. Au passage, nous installons des appâts au niveau des track-traps. Mais ceux-ci ne doivent pas être posés au sol. Nous montons des mobiles en ficelles pour les suspendre au milieu des track-traps. Au menu, bacon et ananas. Pas sûr que le bacon trouve preneur mais l’ananas devrait en séduire plus d’un ! Cette piste est très courte et nous sommes revenus au camp en fin de matinée. Comme nous sommes avides de travail, Marcelo R nous propose de marquer un autre chemin très court qui part du camp, Sene 2, et d’y construire des track-traps. Aussitôt dit, aussitôt fait ! 
Nous partons avec bêches, tamis et GPS pour nous atteler à la tâche. Sur un chemin de 6km, il faut compter un track-trap tous les 500m. Là, sur 550m, nous devons construire 6 track-traps. Alban commence par creuser puis Morgana et moi remettons la terre en place en en tamisant une grande partie. Marcelo R nous rejoint ensuite pour rajouter des appâts. A la fin de la mission, Alban qui travaillait toujours sur un track-trap devant nous a pu voir un coati et un marmouset. Comme quoi des fois ça a du bon d’être un peu seul. Nous rentrons finalement au camp quasiment les derniers mais avec le sentiment du devoir accompli. Nous avons trouvé des traces de tapir et de 2 félins dont l’un est peut-être un bébé puma. J’ai hâte que ces track-traps soient relevés pour savoir si nos efforts auront été payants ! Pour la fin de l’après-midi, c’est déjeuner, sieste et carnet de voyage, comme d’habitude. 
A un moment j’entends un chant d’oiseau bizarre mais il y a tellement d’oiseaux qui chantent ici que je ne relève pas. Erreur ! Leonardo a appelé un hibou qui lui a répondu et est venu se poser sur les arbres proches de notre maison principale. Il paraît que c’est un animal magnifique avec le ventre orange. J’espère qu’il reviendra un autre soir pour que je puisse l’admirer et le photographier. Il faut dire que Leonardo à toutes sortes de techniques pour faire s’approcher les animaux et les photographier de (relativement) près. Il a notamment pour habitude d’enregistrer les chants des oiseaux et de les classer dans son smartphone par nom d’espèce. Un bon nombre d’entre elles, notamment celles qui sont territoriales, répondent au chant de leurs congénères.

Puis vient le moment de la réunion du soir. Marcelo M doit nous quitter pour d’autres obligations mais les autres responsables du projet prennent le relais et nous sommes déjà quasiment autonomes. Alini lui a demandé un discours. Il préfère nous exposer le résultat de ses recherches sur le puma. C’est passionnant, même si l’heure tardive ne nous permet pas d’en profiter pleinement.



Vendredi 18 :

Ce matin nous avons la chance d’observer des aracaris, oiseaux cousins des toucans, sur un arbre juste derrière la maison principale. Super ! 
Puis nous partons, Daniela, Robert et moi avec la team photo (Leonardo et sa femme Ilka, ou Yuca comme on la surnomme ici) et avec la team ReBio (5 personnes), sur Quirinao. 
Peu de traces mais l’intérêt de la journée était ailleurs. Avec la team photo, on s’intéresse de beaucoup plus prêt à tout ce qui bouge dans la jungle. Leonardo m’a appris comment mieux photographier les oiseaux. 





 




J’ai pu en photographier un magnifique ! J’ai aussi essayé d’avoir un oiseau-mouche mais j’ai raté ma toute petite fenêtre de tir. Tant pis. 
En revanche la lumière était idéale et j’ai quelques photos de jungle magnifiques.





Au bout du chemin se trouve une maison abandonnée. Les filles de la réserve m’ont fait faire le tour du propriétaire. Impressionnant à quelle vitesse la nature peut ici reprendre ses droits.




Comme le repas de midi a tous les jours lieu au retour des randonnées, c’est-à-dire vers 16h, nous emmenons chaque matin des sandwichs et des fruits avec nous pour différents snacks. Mais cette fois-ci, pas le temps de sortir nos sandwichs que Sheyla dégaine un saladier plein d’un plat traditionnel ainsi que des bols et des couverts pour tout le monde. Bizarrement, on ne s’est pas fait prier et on a bien fait. C’était délicieux ! Et comme si ça ne suffisait pas, elle enchaîne avec des bonbons et du chocolat. Miam !

En repartant, nous tombons sur le squelette d’un tatou qui a été tué et mangé par un félin. C’est vraiment une découverte intéressante, que ce soit pour observer les restes de l’animal ou pour nous indiquer un endroit où poser une camera-trap. C’est là que Leonardo installe la sienne et Daniela, Robert et moi installons les 2 du projet près de 2 sentiers utilisés par des animaux. J’espère qu’elles donneront de belles images !

De retour au camp, on mange puis Leornardo vérifie les images d’une camera-trap vidéo placée juste derrière la maison principale. Bilan : 54 vidéos de paca. Enorme ! Puis Leonardo et Yuca partent en ville pendant que nous vaquons à nos occupations. A la tombée de la nuit, ils reviennent mais pas seuls. Ils ont secouru un renardeau blessé qui boitait et tombait sur le bas-côté de la route. C’est le début de la mission sauvetage ! Comme notre vétérinaire préféré, Marcelo R, est absent pour 48h, c’est Julie qui prend en main les opérations avec Yuca et Alini, mais tout le monde veut passer voir le renardeau. Une cage de fortune est aménagée et la salle de réunion est transformée en rescue center pour le renard. 
Le bilan journalier attendra. En fin de soirée nous faisons juste un bilan rapide de la journée et nous décidons de partir plus tôt les prochains jours pour voir plus d’animaux. Au lieu de mettre le réveil à 6h, ce sera 4h30. Heureusement que pour nous européens ça nous rapproche de notre heure habituelle, sinon ce serait un peu difficile. Mais pour l’heure, place à la préparation du samedi, le day off. Même si nous avons la possibilité de faire une grasse-matinée le lendemain, nous partons nous coucher tôt, exténués.



Samedi 19 :

Avant de commencer le récit de la journée, petit intermède de conseils en termes d’habillement. Au Brésil, et en particulier dans la jungle, les moustiques sont des fourbes qui attaquent tout morceau de chair qui dépasse des vêtements. Ils piquent même parfois aussi à travers les vêtements. Ça ne sert donc à rien de venir ici avec des shorts et débardeurs. Des pantalons légers et amples, des t-shirts et des chemises manches longues seront vos meilleurs amis pour le séjour. Il faut prévoir des chaussures de randonnées pour les treks mais au retour, on aime bien pouvoir les enlever. Une paire de tongs pourrait suffire mais vu l’afflux de moustiques en début de matinée et en fin d’après-midi, je suis bien contente d’avoir aussi amené une paire de tennis. Dans la jungle, la mode est au long : chemise manches longues sur un t-shirt (pour pouvoir ouvrir la chemise) et pantalon de rigueur. Et lors des randonnées sur sentiers plutôt que sur piste, il faut également penser à rentrer le t-shirt dans le pantalon et le pantalon dans les chaussettes. Outre la protection contre les tiques, c’est du plus bel effet. Le port d’une casquette ou de tout autre chapeau permet de compléter la tenue et pour les filles, il est conseillé de s’attacher les cheveux. Juste pour vous faire rêver, sachez qu’il existe des abeilles (qui ne piquent pas mais gênent beaucoup), qui aiment venir se cacher en bandes dans les cheveux… et quand on arrive enfin à les enlever, elles reviennent. Génial

Mais en suivant ces quelques conseils, vous serez jungle-fashion. Et si tout a été préalablement trempé dans l’antimoustique avant le départ, c’est le top.


Bon, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos coatis. Samedi matin, grasse-mat. Du coup on s’est levés à 7h. Normal. Après un petit-déjeuner bien rempli, direction le supermarché avec Alini, Amabili et Daniela pour faire les courses pour le barbecue. Mais alors que je me prépare pour partir « Tilia, il y a un paresseux !» Génial ! Il est dans les arbres près du camp. C’est vraiment un animal magnifique et tellement attendrissant. Nous passons plusieurs dizaines de minutes à l’observer. Quand le paresseux disparait enfin, je retourne vers ma tente pour finir de me… « Tilia, les coatis !» Bon ben c’est reparti. Les coatis sont vraiment mignons. Ils ressemblent un peu à des lémuriens mais avec un museau plus long, comme celui d’un fourmilier. L’un d’entre eux monte sur un arbre pour faire tomber les fruits et les autres restent dessous pour les attraper et les manger. Du beau travail d’équipe. Une bonne dizaine de minutes plus tard, les coatis repartent dans la jungle et je peux enfin finir de me préparer… Mais c’est un réveil qui valait vraiment le coup !

Le supermarché est plutôt grand pour un petit village. Il a même un rayon tongs, et pas n’importe lesquelles, des Havaianas, un des symboles du Brésil. Alors bien sûr, il n’a fallu que quelques minutes pour que nous nous retrouvions à 4 devant le rayon. Il y a une règle intangible à travers le monde, celle de l’attraction universelle entre les filles et les rayons chaussures des magasins. 3 paires de tongs, dont une qui brille dans le noir, plus tard, nous voilà reparties avec de quoi rassasier tout le monde pour le barbecue du soir.

A peine arrivées à la réserve, nous voilà repartis pour une visite touristique. La plage étant à environ 3h de route aller et le projet n’ayant pas les moyens de nous y emmener, nous décidons de faire local. Alini, Leonardo et Ilka nous emmènent sur leur temps libre visiter une ferme coincée entre deux réserves et dont le propriétaire protège les animaux. Dans cette ferme qui sert de corridor entre les deux réserves, les animaux sont habitués à traverser et à croiser des humains qui ne leur veulent pas de mal. Qui ne les regardent même plus. C’est donc un endroit où on peut observer de près des espèces qu’on ne voit nulle part ailleurs, ou alors en tout cas pas d’aussi près.

A peine entrés, nous croisons un petit marmouset sur un arbre. En continuant un peu, nous apercevons un mutum dans un champ de cacaoyers. Ca ressemble à une grosse perdrix noire permanentée. Les mâles ont le ventre blanc et les femelles brun-roux. Les mâles ont également un bourrelet rouge vif sur le bec. Ce sont des animaux rares dont on peut éventuellement trouver les traces dans la jungle mais qu’on ne voit quasiment jamais… sauf ici. Plus loin, un mutum est posé sur une branche dans la jungle, à moins de 5 mètres de la piste. Nous voilà donc arrêtés dans le pick-up, tous avec nos appareils photo. Mode safari : ON. Nous descendons du pick-up pour quelques autres photos et avançons un peu dans la jungle à la suite d’un groupe de singes. C’est vraiment sympa. Un peu plus loin nous apercevons un agouti dans un champ de cacaoyers. Elle est entrain de partir mais ça ajoute un animal de plus à la liste déjà longue d’animaux que nous avons vus ici. 
Nous poursuivons sur les berges d’un lac et dans la jungle avant de revenir vers les plantations mais les tapirs ne veulent pas se montrer aujourd’hui. Avant de partir nous passons par un endroit dans la plantation où un jaguar a attaqué des singes il y a quelques semaines. Impressionnant. Pour le fermier, le prix payé en laissant les signes se servir sur les arbres fruitiers est remboursé quand il voit que cela permet à d’autres animaux tels que le jaguar de prospérer encore dans la région. Même si nous ne les voyons pas et n’avons pas trouvé de traces pour l’instant, les jaguars sont là, c’est sûr !

Avant de partir, Leonardo, Ilka et Aliny nous font goûter des fruits du cacaoyer frais. C’est la chair que nous mangeons, pas les graines. C’est délicieux. Nous passons dans une serre où le fermier fait sécher les fèves de cacao. Bref, une sortie vraiment très intéressante.

Sur le chemin du retour, Leonardo et Ilka s’arrêtent le long de l’autoroute pour installer des camera-traps pour un autre projet. Ils essaient de recenser les animaux qui utilisent les tunnels aménagés pour eux sous la route. 








Il y a quelques jours, Leonardo nous avait montré une vidéo prise dans un de ces tunnels sur laquelle un ocelot, mécontent de cette intrusion, avait pissé allègrement sur la camera-trap pour marquer son territoire. Le lieu puait encore affreusement… et je ne vous parle que de l’extérieur du tunnel alors que la camera-trap en question était fixée au milieu de celui-ci il y a plusieurs jours. Impressionnant ! Devant le 2ème tunnel, un track-trap nous révèle plusieurs traces dont celle d’un autre ocelot. Décidément !


De retour au camp vers 15h, le barbecue commence. Une fête bien sympa qui durera jusqu’à 21h sur fond de samba. A la bière succède la caïpirinha et les brésiliens ôtent leurs chaussures pour « sentir la terre, sentir le rythme » et danser… la samba bien sûr. A 18h30 il fait nuit noire depuis longtemps et pour nous la soirée dure jusque tard dans la nuit. Un vrai moment de convivialité.






Dimanche 20 :

Réveil 4h30. Logiquement ça devrait être difficile, surtout pour moi qui ne suis pas vraiment du matin, mais en fait ça me pose moins de problème que de me lever à 7-8h en France. Ça correspond à 9h30 en France et c’est l’effet que ça me fait. Parfait ! Pour les brésiliens en revanche ça pique un peu.

Nous partons direction Cupido avec Amabili, Cris, Daniela, Emanuelle, Mardel, Artani, une femme de la réserve dont je ne saisis pas le nom, Leonardo et Ilka. Leonardo et Ilka restent derrière pour prendre leur temps pour les photos pendant que le reste de l’équipe part relever les track traps. Cupido est vraiment un très beau chemin et le repaire de nombreux tapirs. Ça commence à devenir frustrant d’en voir autant de traces sans en avoir vu un seul en vrai. Surtout qu’en revenant, nous nous apercevons qu’il y en a au moins un qui a  profité du fait que nous avions le dos tourné pour traverser. Ah bravo ! Belle mentalité ! Sur le chemin nous trouvons une plante aux fruits violets qui forment comme des fleurs colorées et nous continuons le chemin parés de nouveaux colliers. Nous avançons vite et retrouvons Léonardo et Ilka sur le retour, à mi-chemin. 
En revenant vers la voiture, Ilka serre côté rivière. Elle finit par nous expliquer pourquoi en éclairant un trou de tatou, a priori identique à tous les centaines d’autres trous de tatous qui bordent la route à un petit détail près… le trou est en effet squatté par une grosse tarentule qui doit facilement faire la taille de la paume de ma main (et j’ai de grandes mains). Brrrrr, ça fait froid dans le dos. Même si je suis contente d’avoir pu la voir et la photographier, moi aussi je me mets à longer plus le côté rivière que le côté trous de tatous. Bizarre, non ?

De retour à la réserve, un ami de Marcelo R a amené Andressa, la coordinatrice de Pro-Tapir. Il repart avec le renard afin de le faire examiner par un autre ami vétérinaire à Vitoria. Ensuite le renard sera très certainement pris en charge par un refuge pour une durée plus ou moins longue en fonction des résultats de la radio. Mais une fois le renard parti, pas le temps de respirer. Le paresseux est revenu ! J’aime vraiment beaucoup ces animaux. Ils sont très touchants avec leur lenteur et leur petite bouille toute sage.

Une fois le paresseux disparu, nous nous installons sur la terrasse et regardons les petits oiseaux. Du bleu, du jaune, du vert, du noir, du blanc, du rouge. Il y en a pour tous les goûts. C’est un ballet incessant du lever au coucher du soleil. C’est magnifique. Nous apprenons également que Percy, le perroquet, s’appelle en fait Chico… mais que de nouvelles arrivantes, ne le sachant pas, l’ont renommé Neymar… avant que nous ne le baptisions Percy. Eh ben si avec tout ça il ne nous fait pas une crise de schizophrénie…

 
Pour une fois nous commençons la réunion journalière très tôt, à 15h. Ça nous permet ensuite de regarder Leonardo installer un appareil photo avec commande à distance dans une zone où il attire depuis quelques soirs les pacas. Une caméra de contrôle permet de visualiser la scène en temps réel pour appuyer sur le déclencheur au meilleur moment. Avec une camera-trap à ce même endroit, il y a eu pas moins de 90 vidéos en 2 soirs. On espère que les pacas seront au rendez-vous ce soir !

Des hot-dogs et quelques verres de sodas plus tard, il faut se rendre à l’évidence. Les pacas ne viendront pas ce soir… en tout cas pas avant que nous ne nous soyons couchés. Il y a certainement eu trop de bruit près de la maison principale. Dommage.

Vu que de nombreux animaux que nous étudions sont nocturnes, nous avions réfléchi à faire un trek de nuit. Ilka nous explique rapidement que la réserve la nuit n’est pas seulement un lieu de passage pour les animaux mais aussi pour les braconniers et même parfois les dealers de drogue. Bon, message reçu, on va rester bien sagement au camp.



Lundi 21 :

Réveil 4h30. Toujours pas de problème pour se lever. On ne va pas se plaindre !

Départ pour Tesauro avec Amabili, Daniela et Robert. Dans le pick-up avec nous, la team Abobora, Aliny, Victor, Mardel et Artany. Au volant, Localiny (Loca-Aliny). Elle va (très relativement) vite sur la route et à l’arrière du pick-up nous sommes ballottés dans tous les sens « Je ne suis pas un cochon ! » Nous arrivons enfin au point de départ du jour, les fesses en compote mais morts de rire.


Et c’est parti pour Tesauro. Enfin une simple piste dans la jungle. C’est l’aventure ! Nous marchons à flanc de rivière sur quelques centaines de mètres avant de plonger dans la jungle. Je dis plonger au sens figuré mais ça a bien failli nous arriver au sens propre. 
Pour traverser la rivière, un pont en bois dont il ne reste que des fondations approximatives et une succession de planches (l’une après l’autre, hein, jamais côte à côté, il ne faut pas exagérer quand même) qui ne donnent pas complètement confiance. 
Malgré nos doutes, nous réussissons tous à traverser sans prendre de douche sans trop de problème. Un peu plus loin, Robert nous dit « serpent ! ». Un des serpents les plus dangereux du coin, un jararaca, est en effet immobile sur le chemin. 
Après avoir pris toutes les précautions d’usage, nous vérifiions et ouf ! Il est mort. Nous le photographions et le mettons dans un sac pour qu’il vienne rejoindre la collection de cobras conservés au formol dans le musée de la réserve. Ah oui, pour information, en brésilien « serpent » se dit « cobra »… ça donne une idée du style des serpents du coin… mais sur le chemin du retour ce n’est pas par son venin mais par son odeur qu’il nous intoxiquera. Une confirmation de plus qu’il est bel et bien mort !

Sur le chemin, entre les lianes et les palmiers à épines, nous croisons plusieurs villes de sable, constructions de fourmis qui ressemblent à une dizaine de châteaux de sable faits les uns à côté, voire sur, des autres. C’est très impressionnant. Comme regarder de haut une ville de plusieurs millions d’habitants. Ça donne le vertige ! 

Au fil du voyage nous découvrons des fruits, à mi-chemin entre des noix de coco et des pots avec leur couvercle. C’est assez frappant. Une fois vidés et séchés, ils ne déparaient pas du reste du mobilier dans les maisons rurales brésiliennes. Ils ont une forme semblable à des noix de coco mais une fois qu’ils sont murs, ils tombent et le haut du fruit se détache pour laisser s’échapper les graines. Une fois les graines répandues, il ne reste plus que ce réceptacle vide et son couvercle. Vraiment ingénieux. Ici la nature produit de nombreux éléments beaux et originaux comme ce champignon conçu comme une structure architecturale, cet autre champignon orange, cette ville miniature de petits champignons rouges, ces graines rouges et noires ressemblant à des perles ou encore ce fruit en forme de cœur. Les nids de fourmis et de termites sont aussi très impressionnants! 




Les différents paysages de jungle défilent et les track-trap s’enchaînent, révélant leur lot d’empreintes. Sur les deux derniers track-traps, nous trouvons même les traces de 2 pumas, une maman et son bébé. Ce qui veut dire que 2 pumas sauvages étaient exactement au même endroit que nous quelques heures plus tôt. Quand on réalise ça, on se sent tout petit.

Le retour se passe tranquillement. C’est vraiment un sentier magnifique ! Nous nous installons confortablement  près du pick-up, prêts à attendre les autres pendant plusieurs dizaines de minutes. En fait ils arrivent moins de 5 minutes plus tard. Nous pensons les impressionner avec notre jararaca mort mais non. Eux aussi ont vu un serpent, potentiellement un serpent corail, et il était bien vivant ! Ils ont également vu et Aliny a même attrapé avec un gant un beau serpent bleu inoffensif. Au final c’est nous qui sommes impressionnés !

Localiny reprend le volant et on est secoués comme des patates quand on tombe nez à nez avec la team vélo… mais dont 2 membres sont à pieds car les vélos ne leur allaient pas du tout et qu’ils n’avaient pas d’outils pour les régler. Nous embarquons donc cyclistes et vélos et en route pour le camp ! Avec les vélos à l’arrière, Localiny se calme pour redevenir notre toute sage Aliny et nous ramener en douceur. 


A notre arrivée, nous restons dans le calme et la douceur en nourrissant une grosse tortue. Encore un animal sauvé par le personnel de la réserve.
A la réunion du soir, surprise ! La team Telegrafo est tombée sur une trace de jaguar ! La première de l’expédition. Et le meilleur c’est que le jaguar est passé par là entre l’aller et le retour de l’équipe. Le jaguar est là ! Même s’il se cache bien, il est là !


Après la réunion, Leonardo propose une balade de nuit sur Sede 2, le mini-chemin derrière la base. Nous voilà donc partis armés de nos lampes de poches, à éclairer tous les recoins du sous-bois et des arbres autour du chemin tout en avançant à une allure de tortue sénile. Au bout de quelques minutes, Leonardo s’arrête pour éclairer quelque chose au fond des bois. Tout-à-coup, un bruit de pas impressionnant se fait entendre. Comme un petit éléphant… ou l’idée qu’on se fait d’un bruit de pas d’éléphant car en fait ils ne font quasiment pas de bruit. Là c’est un piétinement puis  un petit trot pesant d’animal très lourd qui s’en va tranquillement mais surement. Impressionnant. S’il était venu vers nous à cette allure, nous n’aurions pas fait les fiers… même en sachant que c’est un animal totalement inoffensif. En tout cas, même si on ne l’a pas vu, c’est déjà énorme d’avoir au moins entendu un tapir.

Un peu plus loin, Leonardo nous montre un serpent dans un arbre. Il n’est pas photographe animalier pour rien. Il a l’œil, le savoir-faire et il s’est doté du matériel adéquat, en l’occurrence d’une lampe torche très puissante dont il a changé les piles juste avant la balade. La suite est plus calme et on commence même à se dire qu’on ne verra plus rien quand Leonardo éclaire quelque chose dans les fourrés. Au départ nous n’apercevons que 2 points rouges, les yeux de l’animal, puis nous le distinguons enfin ; c’est un paca. Léonardo s’enfonce dans la jungle pour le rabattre vers le chemin. Il le fait tellement doucement que l’animal finit par traverser en marchant, en s’arrêtant plusieurs fois. Mais le paca n’est pas seul. C’est une maman avec un jeune. Leonardo rabat aussi le jeune qui part au trot rejoindre sa maman. On comprend mieux pourquoi elle trainait autant devant nous. Elle voulait détourner l’attention de son rejeton. Trop mignon. Et c’est vraiment agréable de voir enfin l’animal dont on a si souvent trouvé les traces dans les track-traps.



Mardi 22 : 


Aujourd’hui c’est le grand jour pour moi : enfin le Telegrafo. En une semaine, ce trail est devenu mythique. Comme nous sommes entrain de l’ouvrir, non seulement il monte et il descend énormément mais en plus le chemin n’est encore qu’une piste mal dégagée qu’il faut parcourir aller-retour. Quand le chemin sera fini, il traversera complètement la réserve et les gens seront certainement déposés à un bout et récupérés à l’autre.

La piste commence au bout du chemin de Cupido. On s’enfonce dans les palmiers avant de rejoindre une jungle plus semblable à un paysage de forêt… à la différence qu’il y a des lianes partout. Nous descendons ensuite à une première rivière à sec pendant la saison sèche. Nous comprenons tout de suite que ce chemin sera impraticable en saison humide. 
Et nous entamons la montée. La 1ère d’une longue série. On arrive en haut très essoufflés mais c’est faisable. 



Puis nous continuons notre périple dans la jungle avec l’impression d’être des aventuriers. Les musiques d’Indiana Jones et de Pirates des Caraïbes s’enchaînent dans ma tête. Notre équipe est constituée d’Alini, Carolina, Robert et moi, ainsi que de nous deux guides, le vieil Elinio et le jeune Alessandro. Nos deux guides ne parlent pas anglais mais ils font de leur mieux pour communiquer avec nous. Alessandro essaie de parler foot avec Robert. Enfin un brésilien comme nous l’imaginions, un vrai fan. Manque de pot il est tombé sur un des quelques hommes européens à ne pas aimer le foot. Loser. La bonne humeur d’Elinio et d’Alessandro est communicative. Ils passent leur temps à blaguer, sourire et discuter. C’est très agréable. Elinio tente de nous gaver de cookies et Alessandro nous propose des gâteaux traditionnels. Miam !


Nous continuons notre balade hors du temps, chasseurs de poteaux télégraphiques usés par les âges perdus dans la jungle. C’est une expérience magique. Les track-traps révèlent quelques empreintes mais malgré nos recherches, le jaguar reste introuvable. 
Alessandro est aux petits soins. Il a à cœur de nous faire découvrir et apprécier la jungle et ses secrets. Il fait goûter à Robert du cœur de palmier frais. Il arrache pour cela une feuille de bébé palmier. Il suffit ensuite d’en croquer le bout. Il semblerait que ce soit amer mais Robert apprécie l’expérience. Plus loin Alessandro nous coupe un bout de liane. 
Au début nous ne comprenons pas pourquoi mais quand il nous la tend à la verticale, des gouttes d’eau claire en tombent par dizaines. 




Nous testons ce breuvage original avec envie et curiosité. C’est vraiment de l’eau très claire, avec un arrière-goût de bois frais. Je n’en boirais pas tous les jours au petit déjeuner mais c’est désaltérant et l’expérience valait le coup. Nous croisons aussi une fourmi de près de 2cm communément appelée « twenty four hours » parce que si elle vous mord c’est « twenty four hours of pain ». Bon ben on va rester à distance.

Nous finissons le chemin en 8h. Très belle randonnée intense mais faisable par tous les niveaux de marche avec un poil de motivation. De retour au camp nous enchaînons avec la présentation de Pro-Tapir par Andressa, la responsable de ce projet qui nous a rejoints la veille. C’est un projet à long terme qui mêle études scientifiques, sensibilisation et propositions de mesures concrètes de protection. C’est vraiment très intéressant et on sent que l’équipe est passionnée. Tellement passionnant qu’à la fin de la réunion plusieurs personnes réfléchissent sérieusement à faire leur stage de fin d’études avec eux.



Mercredi 23 :

Ça sent la fin du voyage. Il est déjà temps d’aller relever les camera-traps des 3 chemins du fond de la réserve : Abobora, Quirinao et Tesauro. 
Je choisis d’aller à Tesauro car c’est le plus beau. Nous sommes avec Alini, Morgana, Victor et Andressa. Le passage du pont est toujours un moment à la fois difficile et rigolo et nous arrivons au dernier track-trap sans incident notable. Sur le chemin du retour, nous entendons un claquement sec. Puis un 2ème. Les 4 brésiliens s’arrêtent d’un coup pour écouter, puis Alini et Andressa s’avancent dans la jungle pour tenter de le photographier. Victor, Morgana et moi restons sur le chemin. Alini fait signe que l’animal est à droite, un peu en arrière de nous, quand tout-à-coup, Victor, Morgana et moi entendons un autre claquement devant et à gauche. Victor rappelle Andressa et Alini et commence alors un sérieux conciliabule en brésilien. 
Je finis par apprendre que l’animal en question est un pécari à collier. Seul il est inoffensif mais il a pour fâcheuse habitude de se déplacer en bandes de 30 à 50. Leur spécialité est d’encercler leur victime et de l’attaque tous en même temps au signal du mâle alpha. Une étude sur les pécaris est en cours dans les environs depuis 13-14 ans et sur cette période aucun pécari n’a été observé dans la réserve de ce côté de l’autoroute. C’était une très bonne nouvelle d’en entendre un et c’est pour ça que les filles se sont rapprochées. Sauf qu’un de chaque côté ça veut dire qu’ils sont plusieurs, qu’on ne connait pas leur nombre, qu’ils ont commencé à nous encercler et qu’ils vont peut-être attaquer. Moins glop. 
Pour information, du fait de son agressivité quand il est en groupe, le pécari est considéré comme l’animal de plus dangereux de la jungle. Il paraît même que son claquement de dents peut mettre un jaguar en fuite. Mais pour l’instant nous hésitons entre attendre tranquillement qu’ils s’en aillent près d’un arbre où il est facile de grimper ou continuer tranquillement notre chemin pour sortir du cercle. Après de grands débats entre brésiliens et plusieurs longues minutes sans aucun claquement, nous décidons de poursuivre notre chemin. 
Après une centaine de mètres, nous savons que nous sommes hors de danger mais pendant les kilomètres suivants, j’avoue avoir plus d’une fois sursauté en entendant un craquement de branche… et je peux vous assurer que je n’étais pas la seule ! Au final, plus de peur que de mal et c’est une découverte très intéressante. Nous sommes sûrs d’être les stars de la réunion du soir.

De retour au camp, nous mangeons puis faisons la réunion. Tout le monde est enthousiasmé par notre découverte, mais bientôt un nouvel arrivant nous vole la vedette. Sheyla nous amène un opossum apprivoisé que les propriétaires ont abandonné. Comme il est apprivoisé, il ne peut pas être relâché dans la nature et il devra vivre dans un sanctuaire jusqu’à la fin de ses jours. En attendant, nous sommes tous gagas de lui et lui faisons moultes papouilles. Il se laisse caresser et quand on le prend dans ses bras, il enroule sa queue autour d’un de nos bras pour se retenir en cas de chute. Sa queue est presque plus musclée que ses pattes. C’est impressionnant !



Une fois la réunion terminée, Julie, Olivier, Robert et moi décidons de partir faire un mini-trek de nuit sur Sede 2. Après avoir prévenu Marcelo R, nous voilà partis. Sitôt arrivés dans la jungle, de petits bruits de pas à gauche. C’est un tatou. Même s’il est trop rapide pour que nous ayons le temps de dégainer nos appareils photos, nous arrivons tous à bien le voir. Enorme ! Encore un mammifère de plus à ajouter à la longue liste des animaux que nous avons réussi à voir. Nous poursuivons le chemin. Au loin je finis par apercevoir 2 yeux. Vu l’écartement, la taille et la hauteur, je suis persuadée que c’est un tapir. Les deux garçons sont loin devant mais Julie vient me rejoindre. En revanche elle n’arrive pas à le voir. Quant à moi, même si je suis trop loin pour réussir à éclairer le corps, plus ça va plus je suis sure de mon identification. L’animal tourne parfois la tête doucement et je vois 1 œil, 2 yeux, 1 œil, 2 yeux, 1 œil, 2 yeux, 1 œil, puis plus rien. L’animal s’est certainement retourné. Il ne fait pas le même bruit que celui entendu 2 jours plus tôt mais après plusieurs minutes à la regarder dans les yeux, je suis formelle. C’est un tapir !

Marcelo R nous avait promis une surprise pour le soir. En voyant certaines filles se faire toutes belles en fin d’après-midi, nous avions subodoré une boom. Au final la surprise est beaucoup plus sympa. Nous partons à 15 dans le pick-up, 6 à l’intérieur (pour 5 places théoriques) et 9 à l’arrière, pour tenter d’entendre le jaguar dans la nuit. Nous avançons sur la route de Meio puis sur Quirinao. On avance de quelques mètres, on s’arrête, on appelle le jaguar avec un appeau assez particulier, on attend quelques minutes, puis on repart et on répète l’opération autant de fois que nécessaire. A 9 à l’arrière du pick-up dans les nids de poules c’est loin d’être confortable mais nous rigolons beaucoup (très silencieusement). Au bout de quelques heures, nous sommes finalement contraints d’abandonner et de revenir bredouilles au camp. Le jaguar a décidé de faire son timide. Il est minuit et demain matin Andressa a proposé à ceux qui le souhaitaient de se lever tôt pour faire au moins une partie de Cupido dans le noir et tenter de voir un tapir. Le réveil risque d’être un peu rude !



Jeudi 24 :

Pour les courageux du Cupido Trail de fin de nuit, Andressa avait proposé un réveil à 5h… mais comme on voulait avoir plus de chances de voir un tapir, on a opté pour un réveil à 4h (avec un temps de préparation très court pour arriver sur site à 5h au lieu de 6h30 habituellement). Bizarrement ça pique un peu, mais c’est pour la bonne cause. Nous voilà donc partis, Julie, Olivier, Victor, Aliny, Andressa et moi. Quand nous arrivons au début du Cupido Trail il fait encore nuit noire et nous commençons à avancer à la lumière des lampes de poche. Le relevé des track-traps et la récupération des camera-traps se feront au retour. C’est impressionnant de marcher dans la jungle la nuit. Les bruits sont amplifiés et nous nous arrêtons souvent, aux aguets, pour essayer de repérer des animaux. Nous entendons beaucoup d’oiseaux, dont certains inconnus même pour les biologistes brésiliens, mais pas de tapir à l’horizon. 
 
Le ciel commence à s’éclaircir et nous commençons à désespérer de voir un tapir quand un gros groupe de capuchin monkey arrive près de nous et se met à sauter d’arbres en arbres. Ils sont à une hauteur impressionnante et c’est génial de les voir jouer ainsi. Ce sont des voltigeurs hors pair qui savent exactement quelle fine branche peut les soutenir et laquelle risque de craquer. C’est vraiment très sympa à regarder. 
 
 Quelques dizaines de minutes plus tard, il faut se rendre à l’évidence : les deux yeux brillants dans le noir de la veille sont le plus que j’aurai pu voir d’un tapir. Vers 8h du matin, soit 3h après le début du Cupido Trail, le pick-up de la réserve transportant l’équipe du Telegrafo Trail arrive. Je quitte la team Cupido pour les rejoindre. C’est ma journée warrior ! Seuls Morgana et Alban n’avaient pas fait le Telegrafo et les autres étaient trop fatigués pour vouloir les accompagner. Ils allaient partir à deux mais je me suis proposée pour les accompagner. Certes on marche beaucoup mais le rythme reste très agréable. Nous voici donc partis, accompagnés d’Alessandro et Charlies, deux jeunes de la réserve.

Nous commençons par croiser une grosse araignée bien velue (mais tout de même beaucoup moins impressionnante qu’une tarentule) et Alban qui est fan de ces bestioles est aux anges. Personnellement, c’est loin d’être mon animal préféré. Nous entamons le trek d’un bon pas. Il est généralement fait en 8h mais comme le pick-up transporte des employés de la réserve qui finissent à 15h, il partira dans 7h. Si nous n’y sommes pas, un autre véhicule viendra nous chercher mais on ne sait pas quand. Le compte à rebours a commencé.

Charlies est timide mais il s’arrête quand même de temps en temps pour nous montrer des curiosités de la jungle. Alessandro est quant à lui un grand bavard. Même s’il ne parle qu’1 ou 2 mots d’anglais, il essaie de communiquer avec Alban et moi. Il aimerait bien parler foot mais Alban n’y connait rien et je n’ai pas beaucoup plus de culture sur le sujet. Dommage. Mais nous débattons sur les traces trouvées dans les track-traps et il nous parle des différentes plantes. 
Il nous fait goûter du cœur de palmier et nous explique qu’il en existe 2 sortes, l’amer qu’il nous a fait goûter, et le doux qui est issu de palmiers à épines. Charlies, que rien n’arrête, enlève méticuleusement les épines d’une autre pousse à la machette et nous fait goûter le doux. C’est délicieux ! Nous avons seulement goûté de tous petits bouts issus de petites pousses qui sont nombreuses ici, mais pour avoir un cœur de palmier comme on met en France dans nos salades, je me dis que c’est tout un arbre qu’il faut couper. Ça fait réfléchir ! Déjà que je n’en mangeais pas beaucoup, je vais en manger encore moins. L’impact écologique est trop important. 
Nous finissons par arriver au dernier track-trap en un temps record et nous commençons à manger au son de Beat It et de Knocking on Heavens Door. Knocking on Heavens Door alors qu’on est dans un endroit aussi paradisiaque, c’est bien trouvé. Merci Alessandro qui a sorti son smartphone pour créer l’ambiance à la fois rock et détendue du moment.

Nous entamons le retour à un rythme soutenu, en nous imaginant dans un film de guerre américain pendant la guerre au Vietnâm : « Allez, viens Bob, on va l’avoir cet hélicoptère. Et on ne laissera personne derrière ! » En fait il n’y avait aucune pression mais on s’était donné un challenge et ça donnait un goût encore plus d’aventure à ce trek déjà bien coloré. Arrivé au lieu de la 2ème camera-trap qu’il fallait ramener, problème. Malgré un quadrillage complet de la zone indiquée par ceux qui l’avaient posée et par le GPS, impossible de trouver l’appareil photo. Au bout d’1/2h, nous finissons par reprendre notre chemin bredouille. 
Pour nous remonter le moral, Charlies nous montre 3 gros champignons ovales, 2 blancs et 1 marron (beaucoup plus vieux que les 2 autres). Ils sont énormes. Mais ils ne sont pas creux comme les vesses-de-loup françaises, ils ont plutôt la texture d’une éponge. Bizarre.

Pas loin de l’arrivée, un tronc barre la route. Plutôt que de passer au-dessus ou de se plier vers l’avant, Charlies propose de la passer à la cucaracha (en limbo), c’est-à-dire en avançant tout en se pendant en arrière et en pliant les genoux. Mes genoux sont trop fragiles pour ça mais les autres tentent le coup. Après moultes chutes et rigolades, il n’y a que Charlies qui arrive à passer sans tomber. Franchement bravo.

Au final nous terminons le trek en 6h30 (dont 1/2h de recherche infructueuse de la camera-trap) et nous pouvons entamer en chœur un « We are the champions » de victoire. Cette fois-ci, c’est Morgana qui fait juke-box et, ayant complètement abandonné l’idée de voir un animal aujourd’hui, nous chantons du U2 (« with or without you ») à tue-tête en attendant le pick-up. Sur le retour au camp, on fait quelques photos souvenir dont certaines géniales de l’équipe de la réserve. Ils ont toujours le sourire. On les adore. Ce sont vraiment les meilleurs ! 
Nous arrivons au camp les derniers et le temps de manger, Aliny récupère nous informations et les compile avec les autres car dès qu’on est prêts, on enchaîne avec la dernière réunion du séjour. Marcel, le directeur de la réserve, se joint à nous pour l’occasion. Marcelo R réexplique le contexte général de la mission puis Aliny en présente les premiers chiffres. C’est vraiment intéressant de pouvoir voir tout de suite un premier résultat de nos efforts. On savait déjà, biensûr, qu’on ne faisait pas ça pour rien mais c’est agréable de voir ce qui ressort de notre étude. Beaucoup de travail, beaucoup de lieux étudiés et beaucoup d’espèces recensées avec une liste des espèces les plus recensées différente d’il y a 2 ans. Il reste encore beaucoup de travail pour faire parler les chiffres mais c’est déjà beaucoup d’en avoir un premier aperçu. Nous visionnons également nos photos mais aussi les photos des 2 appareils numériques des camera-traps. Les autres sont des appareils à l’ancienne avec films, on n’aura donc les résultats que plus tard. Ces appareils ont bien fonctionné et on voit plusieurs espèces dont un paca, des agoutis, des coatis, des écureuils et même… un tapir ! Et ce sont bien exactement les mêmes yeux caractéristiques que ceux que j’avais vus dans le noir ! Le plus ironique ? Les photos ont été prises sur le Cupido Trail le matin même vers 6h30, c’est-à-dire pendant qu’on était sur ce même chemin. Les tapirs jouent vraiment à cache-cache avec nous !

Maintenant que nous sommes rentrés et que les films ont été développés, je peux vous préciser que la plupart des appareils à pellicule n’ont rien donné. Sauf un de Tesauro qui a bien rattrapé les choses. Il a enregistré un paca, un tatou et même un ocelot !








Marcelo R offre à Marcel une partie en céramique d’un poteau télégraphique (là où passait le fil) signé par tous les participants au projet en souvenir de ce moment et de l’ouverture du Telegrafo Trail. C’est le moment des discours et comme toujours, tout le monde pleure. La seule chose qui remonte le moral de toute l’équipe c’est Jujuba, une petite chatounette abandonnée de moins de 3 mois qu’on a sauvée d’une mort certaine. Elle est trop mignonne. Elle est affamée, elle a froid et elle fait craquer tout le monde. La team-Telegrafo s’octroie une petite sieste puis c’est parti pour la dernière soirée. Leia, la cuisinière, a mis les petits plats dans les grands et les brésiliennes nous ont préparé leur spécialité : le brigadeiro. C’est bon, coloré, simple, efficace et original. On mélange lait concentré, sucre, chocolat et on fait caraméliser jusqu’à obtenir une sorte de confiture de lait. Miam. Et à boire ? De la caïpirinhia biensûr ! La soirée se poursuit tard dans la nuit mais nous sommes quelques-uns à rendre les armes avant la fin. Après une journée de plus de 20h dont 9h de marche, bizarrement j’étais un peu KO.



Vendredi 25 :

Grasse mat jusqu’à 7h. Youhou ! Sauf pour Victor, Aliny et Andressa qui sont partis sur le Telegrafo tenter de retrouver la camera-trap manquante. En vain. Elle a certainement été volée soit par un braconnier qui s’est fait photographier, soit par quelqu’un qui voulait juste la revendre. Il faut dire que chaque camera-trap coûte plusieurs centaines d’euros, la plupart entre 600€ et 900€. Pour le reste de l’équipe c’est rangement. Une fois terminé, Morgana, Alban et moi parcourons une dernière fois Sede 2. Cette fois-ci pas de mammifère mais une grande sauterelle de plus de 10 cm ! Puis vient l’heure du départ. Carolina et Cris partent le matin. La plupart des autres brésiliens sont amenés au car pour 14h et les derniers à partir, cette fois en voiture, sont les européens, Marcelo R, Aliny, Leia, Victor et un autre membre de l’équipe à l’année qui nous a rejoints pour le trajet… Jujuba est également avec nous, emmitoufflée dans une polaire de Julie, bien calée dans ses bras. C’est finalement Marcelo R qui va l’adopter. Il ne lui reste plus qu’à la présenter à sa femme et à Ravioli, son chat qui se prend pour un puma.

 A Vitoria, Robert, Julie et Olivier sont dans des hôtels classiques mais Daniela, Alban et moi avons préféré choisir une auberge de jeunesse. Après avoir tourné un moment, nous finissons par la trouver dans une rue où les numéros ont été attribués semble-t-il au hasard. Ca, ajouté aux fresques sur les murs, on se croirait dans le monde merveilleux et loufoque d’Alice au Pays de Merveilles. Les chambres sont minuscules mais propres et nous nous délectons d’une bonne douche dans une salle de bain étonnamment belle, spacieuse et pratique.

Mais nous quittons bientôt cet endroit accueillant et coloré pour rejoindre les autres européens, Morgana, Marcelo R, sa femme, Leonardo et Ilka au restaurant. Rendez-vous au Partido Alto pour un mucaca de badeijo avec cameron. Je ne sais pas exactement ce que c’est mais c’est cuit dans un claypot et c’est une spécialité de Vitoria. Au final, c’est délicieux. Ça vaut vraiment le coup. Les prix peuvent paraître chers mais en fait la plupart des plats sont à partager donc c’est très raisonnable. En revanche heureusement qu’on avait les brésiliens pour commander pour nous. On n’aurait pas réussi à avoir aussi bon et en quantité aussi adaptée. Et le crabe en entrée, c’était excellent aussi. Beaucoup plus goûtu que ceux qu’on trouve en France. Au passage, Leonardo nous a offert à tous un livre de photos sur les animaux d’Espirito Santo. C’était vraiment sympa. Bref, une super soirée de laquelle on est repartis repus à 1h du mat… et un poil crevés aussi il faut avouer.



Samedi 26 : 


Ça y est, le projet est fini. Du coup on pourrait dormir mais non merci pas pour moi. On dormira en France. Donc réveil à 7h. Je prends mon p’tit dej à l’auberge de jeunesse et me rends compte que le gars du staff qui s’occupe du p’tit dej aujourd’hui… est français. Enorme ! Et bavard et très intéressant. Super ! Bref c’est pas comme ça que je serai à l’heure. Je finis donc de me préparer en courant. 
Marcelo R vient nous chercher, Julie, Olivier et moi, pour aller visiter un couvent et voir la vue magnifique à Via Velhe (cité dortoir en face de Vitoria). C’est vraiment très gentil de sa part car pour lui comme pour nous le projet est terminé et il a une femme à retrouver et du sommeil à rattraper… et un bébé chat à faire accepter à son puma. Nous voilà donc partis à travers les rues de Vitoria le long d’un canal puis, près de la mer, sur un grand pont qui relie l’île sur laquelle est située Vitoria à Vila Velhe et au continent. C’est vraiment magnifique. Derrière les buildings, on devine les restes de forêt. On voit aussi des îles se découper sur la mer. Comme cet endroit devait être paradisiaque avant d’être complètement colonisé par l’Homme !

Le couvent est situé sur une hauteur, avec une vue imprenable sur Vitoria et Vila Velhe. D’ici on peut apercevoir les quartiers pauvres de Vitoria. Dans le cadre d’un programme social, la municipalité a offert de la peinture à tous les habitants afin qu’ils puissent peindre leur maison. Chacun a une couleur différente. C’est simple et coloré. Le rendu est vraiment très agréable. Le couvent en lui-même est petit mais joli. En revanche il est bien rempli de visiteurs qui viennent assister à la messe. Sur le chemin qui repart du couvent, nous croisons une fidèle qui y monte à genoux. 
J’en avais entendu parler mais je ne l’avais jamais vu. C’est presque incroyable et assez dérangeant de voir à quel point on peut se faire souffrir volontairement pour sa foi. Elle était en larmes et une souffrance inhumaine se lisait sur son visage et pourtant elle continuait. C’était vraiment particulier. Ça m’a vraiment touchée et j’ai mis plusieurs heures à m’en remettre.

Sur le chemin du retour, Marcelo R nous a emmené faire du shopping un peu particulier : des bottes de marche anti-serpents, imperméables et confortables. Quelque chose que nous n’avions jamais vu en France. Julie qui part souvent en expédition trouve son bonheur mais Olivier et moi revenons bredouilles. Tant pis. 
Marcelo R conduit ensuite Julie et Olivier à l’aéroport. Encore un au revoir. Nous partons ensuite chercher une malle du projet que Daniela emmènera dans le Sud du Brésil avec elle pour la remettre à Marcelo M, puis nous retournons chercher Daniela, Alban et Robert pour un dernier repas sur la plage. Au menu : fish and chips. Ce n’est pas une tradition locale mais du poisson frais ça fait toujours plaisir… surtout en bord de mer. A la fin du repas, ce sont Marcelo R et Daniela qui partent pour de bon. 
Vu la distance, les horaires et le fait que nous prenons le même vol, Robert, Alban et moi avons convenu d’aller à l’aéroport plus tard ensemble. Robert rentre à son hôtel tandis qu’Alban et moi faisons une balade sur la plage. Nous longeons la mer jusqu’à une jetée d’où on peut paraît-il parfois observer des tortues marines. 
Au début nous pensons faire choux blanc quand tout-à-coup, une tête crève furtivement la surface avant de replonger quelques secondes plus tard. Génial ! Après être allés au bout de la jetée, nous revenons un peu sur nos pas et nous installons pour observer. Toutes les 30 secondes environ, une tortue vient respirer quelque part dans notre champ de vision. Vu la vitesse à laquelle elles replongent c’est difficile de les voir si on ne regarde pas bien et c’est encore plus difficile de les prendre en photo mais nous avons de nombreuses occasions de les observer et nous sommes ravis d’avoir fait le déplacement. Si on tourne le dos aux immeubles, le paysage avec la mer, la jetée, les îles, les vieux bateaux en bois, les pêcheurs et les tortues est féérique.

Nous finissons par nous arracher à notre contemplation pour revenir chercher nos bagages à l’auberge de jeunesse et en profiter pour immortaliser quelques graffitis.
 De véritables fresques murales originales et colorées qui nous ont conquis dès notre arrivée. Nous filons enfin vers l’aéroport où Morgana nous rejoint. C’est vraiment sympa de sa part. Toujours des au revoir, ça sent la fin. A Sao Paulo, Alban et moi nous séparons de Robert qui part à Frankfort et nous prenons l’avion pour Paris. Là, c’est vraiment la fin.

 

 












FIN















 

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